Françoise Clément

Jardin partagé

A l’origine, je suis partie d’un constat simple : ma maison se situe à l’orée de la forêt. Il y a donc de nombreux oiseaux, papillons, abeilles et insectes dans mon jardin. J’y avais mis du gazon, que je tondais et je me suis dit que c’était du gâchis : en agissant ainsi, je privais les êtres vivants présents de toutes sortes de nourriture. En laissant pousser les herbes de manière naturelle, la nature reprend ses droits et tisse à elle seule, une parfaite harmonie : au fil des saisons et des années, des graines se propagent et des fleurs poussent, donnant aux abeilles un terrain idéal où butiner.

Dans cette belle aventure, j’ai décidé de partager mon jardin en réunissant des compétences complémentaires et en travaillant en réseau avec des personnes qui ont la même vision que moi. Aujourd’hui, nous sommes trois et nous apportons chacun nos énergies et nos approches différentes. Réunis autour de la permaculture, nous voulons travailler avec la nature et non travailler la nature.

La permaculture n’est pas seulement une manière de jardiner, c’est toute une philosophie, un réel art de vivre, une éthique. Le principe est en effet de travailler avec la nature en essayant de la respecter au maximum. C’est une agriculture durable, laissant au maximum la place à la nature « sauvage » et très économe en énergie. Si on l’observe, il faut bien admettre que la terre n’est jamais nue : il suffit d’aller en forêt pour constater l’immense richesse de la terre, recouverte de branches, de feuilles, de plantes, de fleurs, et dont la vie est fourmillante. Des millions d’insectes y vivent, des vers, des papillons, des bourdons… Nous avons décidé de recréer un environnement identique dans notre jardin. Nous avons amené du carbone, avec du bois, mais aussi du fumier de cheval. En se décomposant, des milliers de microorganismes se développent et c’est ça qui donne au sol toute sa richesse et son énergie.

Notre projet se développe petit à petit. Nous plantons désormais nos propres légumes et notre objectif est de pouvoir ensuite les partager autour de nous, les offrir à des associations, à nos voisins… La terre est généreuse, elle donne en abondance et nous voulons être le relais de cette nature merveilleuse, qui est pour nous un exemple de vie. A force de travailler avec elle, d’être à son contact, je m’y sens de plus en plus proche, comme si j’en étais une extension. L’observer, la respecter et vivre en harmonie avec elle, c’est une expérience du beau. Et le beau, n’est-ce pas qui donne à l’existence, tout son sens ?